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janvier 02, 2005
Prix Nobel d'Economie 2004
Il y a quelque temps, je discutais avec mon ami Hisham que je connais déjà depuis plus de 15 ans. Passionné de politique, il a suivi des études de droit, et finalise son doctorat. Il est cependant peu outillé en matière économique. A mon grand étonnement, il m'apprend que le Prix Nobel d'Economie 2004 a été décerné à des chercheurs dont les travaux démontrent "la supériorité du politique sur l'économique". J'ai trouvé cela très perturbant, mais n'ayant pas pris connaissance du dernier Nobel 2004, je n'ai pas répondu à cette invective sous-tendue par une volonté certaine de provocation. Je tiens à rétablir une vérité facilement vérifiable sur le net.
En effet, le Prix Nobel d'Economie 2004 a été attribué à Finn. E. Kydland (Norvège) et Edward C. Prescott (Etats-Unis) pour leur travaux en macro-économie dynamique. Les contributions fondamentales des 2 lauréats permettent d'affirmer les rôles prépondérant de l'analyse macro-économique et de la pratique de politiques économiques. Il ne s'agit pas de supériorité de la politique sur l'économique. Les auteurs expliquent que la cohérence intertemporelle d'une politique économique est un moteur fort qui permet de traverser les cycles conjoncturels.
Je comprends tout à fait qu'il s'est mépris sur les conclusions des travaux s'il comprend que le politique, c'est l'oeuvre d'hommes, et que l'économique, n'est qu'une force invisible. L'économie n'est pas une bête incontrôlable qui traverse les pays, il s'agit bien d'une oeuvre des hommes, tout aussi bien.
Pour la petite histoire, les lauréats se sont vus gratifiés de 10 millions de couronnes suédoises, soit 1,1 millions d'euros. Ca donne envie de chercher, non ?
Le Norvégien est à gauche, et l'Américain à droite:

Posted by socrate at janvier 2, 2005 09:34 PM
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Comments
je partage ton point de vue Socrate.
Je me fais l'avocat du diable, mais peut être que ton ami se réfère au principe de la main invisible. L'économie ne serait plus oeuvre de l'homme, mais régie pas un équilibre naturel entre ses différentes composantes. L'homme n'aurait alors comme solution d'intervention que la politique.
Posted by: Nicolas at janvier 2, 2005 10:43 PM
Merci infiniment à Socrate. Je mentirais si je disais que je ne suis pas sensible à l’effort de réflexion qu’il exprime à la suite d’une de mes futiles paroles. Sans cesse interrogatif (le nom qu'il porte l'a certainement précédé), Socrate aime « accoucher » les esprits et s'emploie sans faillir à d’abord le faire avec le sien. Mes paroles, peut-être provocatrices – mais toujours très affectueuses lorsqu'elles lui sont destinées –, ont éveillé ce penchant inné qu’a Socrate de « rétablir » la vérité. Si les faits sont exacts (j'ai bien dit que « la politique domine l'économie »), je ne me suis pourtant pas permis de dire qui de la Politique ou de l'Economie était le Supérieur de l'autre. En effet, Dieu me garde d’un tel jugement. Car j’ai bien conscience que la supériorité n'est qu'une idée philosophique d'Absolu qui ne peut être transposée dans la réalité qu'est la nôtre, cette réalité où rien n'est précisément « absolu » car tout dépend de l'autre. Qu'avais-je alors voulu signifier à mon ami Socrate ? Celui-ci, pour ne pas avoir été à mes côtés à la Faculté de Droit (ce que je regrette - car l’on aime toujours à être compris d’un ami avec qui l’on partage tant) ne sait certainement pas qu’en Maîtrise j’ai suivi des cours de Politiques économiques (je ne parle pas de mes cours d’Economie en DEUG, où je me suis d’ailleurs illustrés). La Faculté de Droit empruntait pour les besoins de la cause à la branche des Sciences économiques de l’université ses meilleurs professeurs. Bien entendu, il nous a été épargné – à nous, très humbles étudiants en droit –, les modélisations et calculs savants propres aux spécialistes de la matière économique. Toujours est-il que le cours qui m’a le plus passionné fut celui des Politiques économiques, dans lequel tout prenait un sens (les Classiques, les Néo-classiques, les Libéraux, les Keynésiens, etc.) ou plutôt, devrais-je dire, une réalité. J’ai compris que l’Economie, même la plus libérale, vient de « la main de l’homme ». Et pas n’importe lequel : l’homme politique ou le responsable politique (c’est la même chose). Bien sûr, je devine bien que le responsable politique est fortement contraint par les éléments économiques, et que son action n’est pas aussi idyllique que certains aiment à le penser. Mais, ce qui me chagrine actuellement, pour tout vous dire, c’est la situation cambodgienne. Mon ami, Socrate (qui est un frère pour moi), se préoccupe beaucoup de ce qui se passe au Cambodge, comme il vous l’a confié. Aussi, je pense qu’il comprendra ce qui suivra. Beaucoup de rêveurs ou de « mercenaires » (comme les appelle un certain homme politique cambodgien) se plaisent à crier que la solution à la problématique cambodgienne est dans l’économie, mais pas n’importe laquelle : celle en dehors de l’action gouvernementale (ou de l’action de l’Etat, c’est la même chose). Ce faisant, ils confondent, me semble-t-il, consciemment ou inconsciemment (je ne souhaite pas faire de procès d’intention à leur endroit), « Economie » et « affaires ». C’est pour cela, qu’il m’arrive souvent en ce moment de ruminer, en présence de mes plus proches amis, que c’est « la politique qui domine l’économie » en pensant évidemment à la nécessité des politiques économiques. Loin de moi, l’idée de réfuter que l’Economie est dispensée du phénomène politique. Je sais qu’il appartient à un ensemble plus large et plus vaste, dans lequel Politique et Economie, pour prendre un sens, appartiennent un instant l’une à l’autre. Mais l’idée que l’on puisse lorgner la Politique pour l’effacer derrière une carcasse économique (qui ne mérite pas, à vrai dire, le nom d’Economie) me fut insupportable. Je ne comprends pas comment au XXIe siècle, après tant d’expérimentations, l’on puisse encore croire au mythe de « la main invisible » et qu’on puisse justifier l’éviction de la responsabilité politique sous le prétexte anachronique de ce mythe. Amartya Sen avant nos Prix Nobel en Economie avait aussi approché le phénomène économique en partant de la réalité démocratique. N’avait-il d’ailleurs pas été lui-même lauréat du prix Nobel en Economie ? C’est dire à quel point la prestigieuse fondation de Stockholm est préoccupée à « rétablir » la juste définition de l’Economie. Et, en me référant à MM. Finn. E. Kydland et Edward C. Prescott, je voulais aussi saluer cette préoccupation-là. A mon ami, Socrate.
Posted by: Hisham at janvier 3, 2005 07:33 PM
Eh, Hisham, tu veux pas être mon pote? ;)
Félicitations pour cette participation à l'élévation intellectuelle des blogs.
Posted by: Nicolas at janvier 3, 2005 09:45 PM
Salut Nicolas, Je compte sur Socrate pour nous présenter ! Merci pour ton aimable mot. Pour ce qui est du niveau intellectuel du blog, je suis persuadé que c'est l'auteur du blog qui en est toujours le responsable. Avec Socrate, je ne doute pas un seul instant que son blog puisse être autre chose qu'une perle dans un vaste océan. Si les blogs sont à la mode, Socrate lui, n'est-il pas (comment disent les Anglais déjà ?) « special » ? C'était pour moi la moindre des choses d'ajouter à sa profonde réflexion une humble contribution. Mais je compte bien aussi dévoiler au Monde des choses plus légères et bien plus croustillantes sur notre ami Socrate : ) Dès que l'occasion se présentera... Bien à toi, Hisham
Posted by: Hisham at janvier 4, 2005 12:51 PM